M. Jean-Claude GAYSSOT
Ministre de l'Equipement,
des Transports et du Logement
75 Rue de Varenne
75007 PARIS

 

PEGOMAS, le 15 Juin 2000.

Objet : Aéroport de CANNES-MANDELIEU : Demande réitérée d'annulation de l'arrêté de Décembre 1995, pris par Bernard PONS, autorisant l'accès des aéronefs de 13 à 22 Tonnes ; limitation annuelle du trafic à 80000 mouvements.

Monsieur le Ministre,

Nous tenons à vous remercier personnellement de nous avoir organisé un entretien avec votre attaché de Cabinet Monsieur Lucien MAREST le 5 Mai 2000, à la sous-préfecture de GRASSE. Pendant une heure, nous avons transmis à votre collaborateur toutes les données du problème qui nous préoccupe.

Nous ne doutons pas de votre volonté de faire progresser ce dossier dans le sens du respect de l'environnement de tout le bassin de Vie Cannois et de toute la Vallée de la SIAGNE ; il en va de la sécurité de toute la population survolée.

Depuis l'entretien avec Monsieur Lucien MAREST une manifestation rassemblant 800 personnes et une cinquantaine d'élus (voir liste en page jointe) a eu lieu le samedi 20 Mai 2000 devant les bâtiments de l'aéroport de CANNES-MANDELIEU.

La bonne coopération entre les organisateurs (ADNA et ADEC), les effectifs de police, la DGAC et le sous-préfet a permis de contenir la pression de la foule qui voulait investir l'aérogare Les CRS, placés en réserve dans les 5 cars dissimulés derrière les hangars, ne sont donc pas intervenus et nous nous en félicitons tous.

Néanmoins, Monsieur le Ministre, le problème reste entier. Une réunion s'est tenue en sous-préfecture à l'initiative du sous-préfet le lundi 22 Mai 2000 à 17 heures, entre le sous-préfet, la DGAC, la CCI, les élus des communes sinistrées et les associations ADNA ADEC ; En dehors du fait de se retrouver autour d'une table, nous avons réaffirmé l'urgence de revenir à 13 Tonnes avec plafonnement des mouvements à 80 000 par an Au stade actuel du débat, aucune avancée n'a été constatée sur ces deux chiffres. Nous avons quand même eu l'impression d'une meilleure écoute de la part du sous-préfet et de la DGACcoté CCI, on campe sur ses positions.

Par ailleurs, il faut signaler l'intervention remarquable de Monsieur Henry LEROY, Conseiller Général, Maire de MANDELIEU LA NAPOULE, qui a cité l'ancien Maire de CANNES, Monsieur Bernard CORNUT-GENTILLE, qui dès 1974 attirait l'attention de l'état sur le danger d'accroître le trafic de l'aéroport de CANNES-MANDELIEU (pièce jointe).

Nous avons convenu de nous rencontrer de nouveau le 27 Juin 2000, à 15 heures en sous-préfecture. Nous espérons que d'ici cette date, les choses auront évolué.

En clair et sans alourdir la présente lettre, nous vous rappelons les faits suivants :

1er) La plate-forme aéroportuaire de CANNES-MANDELIEU est un mauvais outil au delà d'un certain trafic. Vouloir s'entêter à accroître le trafic des jets au delà de 13 Tonnes, c'est prendre de gros risques pour les populations survolées.

2ème) La piste principale utilisée par les jets d'affaire est perpendiculaire à la mer et par voie de conséquence, balayée de travers par les vents principaux ; à savoir, le MISTRAL et le vent d'EST.
La piste transverse plus courte ne permet pas l'accueil des jets car l'approche et le décollage se font en centre ville sur les zones à forte urbanisation (CANNES LA BOCCA, MANDELIEU COTTAGE).

3ème) Le circuit d'approche actuel des jets survole CANNES-MANDELIEU, CANNES LA BOCCA, MOUGINS, MOUANS-SARTOUX, la BANLIEUE GRASSOISE, AURIBEAU, PEGOMAS, LA ROQUETTE SUR SIAGNE, communes largement urbanisées et développées autour d'activités diverses créées bien avant l'extension du trafic de l'aéroport (l'arrêté Bernard PONS date de décembre 1995, alors que toutes ces communes ont connu leur grand développement entre 1970 et 1980). La CCI essaie de faire croire que ce sont les gens qui se sont installés autour de l'aéroport. Cette affirmation est grossièrement fausse et tout à fait vérifiable.
Tous les Maires des communes survolées sauf le Maire de CANNES, nous soutiennent (des conseillers proches du Maire actuel ainsi que des candidats potentiels à l'élection de 2001, sont tout à fait favorables à notre démarche). Ils ont tous compris que le développement forcené de cette plate-forme est une aberration. D'ailleurs, au niveau municipal, toutes les communes, sauf CANNES, ont émis en Conseil Municipal des avis défavorables au maintien de l'arrêté PONS et demandent un retour à
une limitation de 13 tonnes (voir copie des délibérations en pièces jointes).

4ème) Pour des raisons de proximité avec l'aéroport de NICE, l'altitude des jets en approche de MANDELIEU est limitée à 500 mètres référencées au niveau de la mer. Ce qui implique un survol à basse altitude des collines environnantes, dont certaines culminent à 300M (TANNERON, COLLE DE JUGES, PLATEAU DE PLAN SARRAIN, BANLIEUE GRASSOISE) Cette contrainte implique « le rase-mottes » en certaines circonstances (entrées maritimes avec brume).

5ème) L'approche par la mer est délicate, car elle pose le problème d'une composante des vents dominants et du vent arrière. Par ailleurs, au large du golfe de La NAPOULE (3000 à 4000m), les gros porteurs à destination de Nice constituent un mur « inapprochable », pour les jets susceptibles de se poser à CANNES-MANDELIEU. D'ailleurs la DGAC et la CCI ont clairement expliqué que l'approche par la mer ne traiterait que 15% du trafic au maximum et coûterait 5 millions de Francs au moins.
En conséquence, l'approche par la mer présentée comme une alternative ne peut pas tenir ses promesses.

6ème) Le bruit : Il est bien évident que l'accroissement du tonnage et du trafic ne peuvent pas conduire à une baisse de bruit, sinon on le saurait déjà et nos amis de Roissy s'en réjouiraient.
En fait, les meilleures performances sonores des nouvelles motorisations double flux ne compensent pas le bruit induit par l'accroissement de puissance installée pour le décollage d'avions deux fois plus lourds.

7ème) Le cocktail actuel d'aéronefs, petits monomoteurs, avions écoles, hélicoptères de transit, hélicoptères écoles, multimoteurs à hélices, turbo propulseurs, Jets bi et tri-réacteurs, constituent à l'évidence un ensemble de risques rarement égalés sur une même plate-forme aérienne

8ème) Facteur d'accroissement de risques inondations car surélévation de 1.4m sur 114 hectares depuis 1975 (voir dossier avec votre collègue Madame DOMINIQUE VOYNET, très au courant de la question).

9ème) Facteur de recul des activités de tourisme, car les vacanciers cherchent le calme et non pas le vacarme.

10ème) Baisse très importante de tous les biens immobiliers dans tout le bassin Cannois. Cela touche beaucoup plus les classes moyennes et les retraités que les richissimes, qui tout compte fait, sont minoritaires dans tout ce site.

Et pourtant ce bilan aurait pu être pire, mais pendant 10 ans la pression des associations de riverains, au travers des commissions consultatives d'environnement ont permis certaines avancées, telles que :
· Interdictions :
· de vols de nuit
· du vol à voile
· du parachutisme
· du remorquage des banderoles
· des ULM
· des motorisations de la classe 2
· des vols réguliers avec billetterie
· Installation des silencieux sur les avions écoles.

Au passage, ces travaux positifs ont été en partie acquis grâce au dialogue instauré à l'époque avec M. MANGANE, déplacé depuis sur une autre base.

Tout cela n'empêche pas l'insécurité au quotidien (2 crashs en 10 jours en fin de printemps + tous les incidents journaliers et heureusement mineurs qui passent sous silence). Certains Maires ont écrit au préfet pour insister sur la responsabilité de l'état en cas d'accident grave.

Monsieur le Ministre, il est temps d'arrêter net le risque encouru, en annulant l'arrêté de votre prédécesseur. Au delà de cette décision qui nous apparaît comme le minimum indispensable, nous savons qu'un risque non négligeable subsiste encore. Si on regarde bien les choses ; les jets de 6 à 13 tonnes constituent un parc d'aéronefs très importants susceptibles de « satisfaire les hommes d'affaires » puisqu'ils peuvent transporter de 4 à 10 personnes sur 2500 kms Alors que cherche-t-on à CANNES ?
Refuse-t-on d'admettre que les conseillers de Bernard PONS ont fait un mauvais choix ? Il est vrai qu'une solution alternative existait avant la fermeture de FREJUS par François LEOTARD, lui aussi ministre à l'époque. La fermeture de FREJUS crée une situation d'urgence dans la recherche d'un autre site pour assurer « la fonction déversoir de NICE pour les 13 à 22 tonnes ».
L'aéroport de HYERES pourrait constituer une solution d'attente, parmi une dizaine d'autres car ce site présente bien des avantages par rapport à CANNES MANDELIEU et pourrait, dans un premier temps assurer l'écretage 13 à 22 tonnes.

Nous attendons une réponse urgente de votre part et nous nous tenons à votre entière disposition pour tous contacts que vous jugerez utiles

M. JACQUES TIBERI, premier vice-présidence de la Région PACA, nous aide dans cette affaire et c'est grâce à lui et à son entourage que nous avons pu être reçus par M. Lucien MAREST.

D'ailleurs M. JACQUES TIBERI était à nos côtés le 20 Mai 2000, lors de la manifestation des 800 personnes et 50 élus ; cela nous a fait chaud au cur.

Nous transmettrons une copie de ce courrier à tous les élus qui nous soutiennent dans notre combat. Nous savons que dans le cadre de la « continuité de l'action républicaine », il est toujours difficile de revenir sur la décision d'un précédent Ministre ; mais comme nous le faisait remarquer M. Lucien MAREST, un Ministre n'a pas d'étiquette politique, seuls le bon sens et l'intérêt public le guident. Alors, nous pensons que tout a été dit et écrit entre nous sur le sujet. Seule la décision reste à prendre.

Nous avons confiance en vous, un retour à 13 tonnes et une limitations à 80 000 mouvements par an pour MANDELIEU serait une mesure d'un retentissement populaire énorme et sans précédent dans toute la région PACA.

Le bon sens et l'intérêt général doivent l'emporter.

Nous vous prions d'agréer, Monsieur le Ministre, l'assurance de notre très haute considération.

Jean-Pierre GUINVARCH Jacques. LEDUC
Président A.D.N.A Président A.D.EC