Transport aérien et développement durable

Colloque du 15 mai 2000


Hubert ROUAULT, Fédération générale des transports et de l'équipement CFDT

Je voudrais évoquer le problème de l'emploi. On a parlé de chantage à l'emploi à Orly. La vérité n'est, ni du côté de ceux disant que cette question est à rejeter, ni de ceux qui sacraliseraient ce problème en disant que l'aéroport crée des emplois, donc le justifient. On s'est livré à un petit examen de ce qui se passe à Roissy. On ne peut pas dire que l'emploi non créé à Roissy serait créé ailleurs si on n'agrandissait pas Roissy. Car Roissy, en tant que grand aéroport, crée des activités pointues, sophistiquces, qui ne se retrouveront que sur un grand aéroport.

Néanmoins. quand on regarde la qualité et la quantité des emplois à Roissy, on est assez surpris. On nous a souvent dit qu'un million de passagers, c'était 1 000 emplois. Un « Entre Voisins » distribué en 1998 prenait ça comme une vérité acquise. Au même moment, les aéroports européens annonçaient le double, certains même disaient 4 000 emplois. En fait, la corrélation n est pas établie, certaines années le trafic a même diminué et l'on a créé des emplois. Il faut donc être prudent sur ces corrélations. En ce qui concerne la qualité, en revanche, on peut se faire une opinion: la qualité n'est pas très bonne. Chiffres d'ADP: en l999, il y aurait eu 30 % de saisonniers. 40 % de remplacements, et seulement 30 % de créations d emplois. Et on ne nous livre pas les chiffres de CDI et de CDD, parce qu'ils ne sont sans doute pas très favorables. Ce sont souvent des emplois précaires (.Air Liberté Orly: 40 % de personnel précaire). Ce sont souvent des métiers mal payés, l'inspection-filtrage, la restauration, l'hôtellerie... Tout cela a un fort turn-over. Comme l'emploi est un argument pour le voisinage. on aboutit à un fort turn-over, et on n'arrive plus à trouver les candidats nécessaires à Roissy. On reproche aux candidats de ne pas avoir le comportement adéquat, de ne pas maîtriser assez les langues étrangères. Toujours est-il qu'on ne peut pas parler emploi sans faire de grands progrès en la matière, sans doute en liaison avec l'Education nationale.

Il y a 975 entreprises françaises et étrangères de transport aérien installées en France, dont 47 % en Ile-de-France. Face à ce grand déséquilibre, quelle est la position de la fédération des transports CFDT ? Nous l'avions dit, et nous pensions que le problème était résolu: en 1995, on pensait que la décision était prise qu'il n'y aurait pas de 3e aéroport en Ile-de-France, et que le trafic serait redistribué sur les aéroports français. C'est la position de la CFDT. Il y a un an, M. Gayssot a fait marche arrière, en cédant à l'appel de hauts fonctionnaires un peu trop complaisants vis-à-vis de la politique de hub d'Air France, il transférait du trafic d'Orly vers Roissy. Première erreur. On la constate, mais le trafic va-t-il revenir sur Orly ? Nous préconisons une redistribution vers les aéroports de province, un rééquilibrage sur Orly, mais à condition de changer la structure de la flotte, pour avoir moins de mouvements, avec des avions plus gros, y compris des longs-courriers .

3. Quel avenir pour les statuts du personnel des entreprises de transport aérien ? Si l'on veut vraiment avoir avec les entreprises de transport aérien un outil de régulation publique, il ne faut pas en même temps lorgner sur leur transformation en entreprises privées. Un vent souffle en ce moment sur toute l'Europe pour dire que les aéroports peuvent devenir des entreprises privées. Le prédécesseur de M. Cousquer déclarait à qui voulait l'entendre et à l'envi: « Je gère une entreprise commerciale comme une autre. » Pour nous, ce ne sont pas des entreprises comme les autres. Si l'Etat veut résoudre les problèmes auxquels vous vous attaquez (développement durable), il doit conserver une régulation publique, donc conserver le pouvoir sur les principales entreprises de transport aérien.