Le développement d'Air France suppose, enfin, que la compagnie dispose d'infrastructures adaptées au marché mondial actuel, mais aussi aux impératifs environnementaux. L'extension controversée Paris-Charles de Gaulle satisfait à la première de ces exigences. Pour satisfaire à la seconde, vous avez pris, il y a deux ans et demi, l'engagement de limiter l'extension de cette plate-forme à 55 millions de passagers et à 480 000 mouvements : on prévoyait alors que ces plafonds seraient atteints en 2015. Or, aujourd'hui, la croissance très rapide du transport aérien et les effets de la politique du " hub " nous laissent penser que ce seuil de saturation sera atteint à brève échéance. En 1999, 43 millions de passagers, dont 28 millions pour Air France, ont transité par Roissy et 470 000 mouvements ont été enregistrés...
Il est donc indispensable de prendre une décision quant à la construction d'un troisième aéroport international desservant la région parisienne. Il y va de la place de la France dans le transport aérien européen et de l'avenir de l'entreprise. Mais il y va aussi de la préservation de notre environnement et de l'aménagement équilibré de notre territoire. Trop d'erreurs ont été commises depuis la décision de construire Roissy, et aujourd'hui ce sont quelque 500 000 personnes qui souffrent des nuisances dues à cette plate-forme. Le site de ce troisième aéroport doit être choisi en tirant les leçons du passé ! Il y a aussi là un enjeu de sécurité.
Les instances internationales de l'aviation civile constatent des retards de plus en plus fréquents. En outre, le Conseil des ministres européens des transports s'est demandé si la croissance du trafic aérien ne devait pas être limitée en raison de son impact sur l'environnement, et il commence à envisager de gérer la pénurie. En France, malgré les concessions des autorités militaires qui ont libéré une partie de son espace aérien, aucune amélioration notable n'a pu être enregistrée. Cette saturation ne risque-t-elle pas de nuire à l'exigence de sécurité maximale ? Il faut en tout cas réfléchir aux moyens de renforcer la coopération entre le contrôle civil et le contrôle militaire.
Toutes ces constatations montrent la nécessité d'une politique européenne plus efficace, de mesures en faveur d'un " ciel européen unique " et d'un renforcement des pouvoirs, ainsi que de la construction du troisième aéroport en France.
Le 30 juin dernier, en séance publique, vous vous étiez engagé à prendre une décision sur ce dernier sujet avant le 31 décembre. Rien n'est venu.
Lors de mes nombreuses consultations, j'ai pu constater que trop d'acteurs du transport aérien n'ont pas pris conscience que le seuil de 55 millions de passagers était une limite infranchissable et que, tranquillisés par la mise en place du leurre de Beauvilliers destiné à rassurer les riverains de Roissy, ils espèrent que le troisième aéroport ne verra pas le jour, pensant que les échéances électorales permettront de passer outre l'engagement du Gouvernement.
Monsieur le ministre, vous avez su tenir d'autres engagements ! Il vous appartient maintenant de démentir tous ceux qui pensent que ce gouvernement ne tiendra pas celui-ci. Ce troisième aéroport donnera, j'en suis certain, une chance exceptionnelle à Air France de s'affirmer dans le monde comme une compagnie de premier rang et à la France d'accroître encore son rayonnement international.
MM. Blazy et Asensi se sont inquiétés des nuisances. Je partage leurs préoccupations et je crois que si le transport aérien n'intègre pas mieux les problèmes d'environnement, cela se retournera contre lui. Cela étant, l'intérêt général commandait la réalisation de pistes supplémentaires à Roissy. Mais l'engament que j'ai pris concernant les 55 millions de passagers sera tenu, croyez-le bien (Très bien ! sur les bancs du groupe socialiste).
La question du troisième aéroport, et plus généralement des infrastructures portuaires, se pose avec d'autant plus d'acuité que l'évolution du trafic aérien est encore plus rapide que prévu. Vous m'avez rappelé, Monsieur Blazy, que j'avais pris l'engagement de me prononcer avant la fin de 1999. C'est exact, mais à l'époque nous pensions que les schémas de service seraient finis en 1999. Or du retard a été pris. Je vous confirme aujourd'hui que la question sera bien traitée dans ce cadre. Des études sont en cours et devraient aboutir durant l'été 2000. Nous pourrons alors nous prononcer sur l'opportunité d'une telle infrastructure et sur le site géographique.