Le marché d'occasion de Boeing menacé par les normes anti-bruit de l'UE par Laurent MAILLARD

PARIS, 11 fév (AFP)

- Le projet d'interdire à partir de 2002 le ciel

européen aux avions anciens équipés de réducteurs de bruit menace d'importants

intérêts économiques américains, en particulier le marché d'occasion des

appareils Boeing, estime-t-on dans les milieux aéronautiques européens.

Le Parlement européen a voté mercredi un projet de directive bannissant à

partir de 2002 les avions de génération ancienne munis de réducteurs de

bruits, ce qui a suscité une vive réaction de Washington.

Ces appareils seront conformes aux normes de l'OACI (Organisation de

l'aviation civile internationale) qui entreront en vigueur à cette date, mais

les Européens les jugent encore trop bruyants.

Outre la demi-douzaine de petites sociétés américaines fabriquant et

montant les réducteurs de bruits ("hushkits") sur les moteurs d'avions anciens

ne répondant plus aux normes anti-bruit qui se généralisent dans le monde, la

principale victime de cette mesure risque d'être le motoriste américain Pratt

et Whitney. Son réacteur JT8D motorise la quasi-totalité des avions équipés ou

susceptibles d'être équipés de "hushkits", estiment les experts.

"Quelque 1.400 appareils dans le monde sont actuellement équipés de JT8D

munis de réducteurs de bruits", note un responsable d'un motoriste. "Cela

représente près de 3.000 moteurs anciens et génère un volume de pièces

détachées important pour Pratt et Whitney, qui réalise près de la moitié de

son activité dans ce secteur", ajoute-t-il.

Boeing et les compagnies aériennes américaines pourraient également pâtir

sérieusement, quoique de façon plus indirecte, de la décision européennne qui

"risque de déstabiliser toute une partie du marché des jets commerciaux

d'occasion", note de son coté un responsable d'une compagnie française.

La quasi-totalité des avions équipés ou susceptibles d'être équipés de

réducteurs de bruit sont en effet des appareils d'ancienne génération du

constructeur américain: les B727, B737-200 et DC9 (de l'ex-McDonnell Douglas,

fusionné en 1997 avec Boeing), auxquels s'ajoutent quelques vieux B707 et DC8

encore en service.

Le constructeur européen Airbus, arrivé sur le marché plus tardivement,

échappe totalement à ce problème car il n'a aucun avion hors norme devant être

équipé de "hushkits".

Les appareils "hushkités" sont dans leur immense majorité exploités par des

compagnies américaines: ces dernières ont investi massivement dans ces

équipements pour répondre aux normes anti-bruit de l'OACI pour 2002, qui

doivent entrer en vigueur aux Etats-Unis avec deux ans d'avance le 1er janvier

2000.

La plupart de ces appareils ne sont pas exploités sur des liaisons

transatlantiques et la décision européenne ne devrait guère avoir d'impact sur

l'activité commerciale des compagnies aériennes, à l'exception des gros

transporteurs de fret comme Federal Express ou United Parcel Service qui ont

une flotte importante de B727 cargo.

L'Association internationale du transport aérien (IATA), qui regroupe plus

de 250 compagnies internationales, a d'ailleurs indiqué officiellement

mercredi à l'AFP n'avoir rien à redire au projet européen.

En revanche, les appareils équipés de réducteurs de bruit, interdits de vol

en Europe, seront plus difficiles à revendre sur le marché mondial de

l'occasion, ce qui devrait faire baisser leur valeur, note le même responsable

français qui évalue entre 10 et 20% le montant de la décote possible.

Cette décote frappera les compagnies, mais aussi par ricochet Boeing: les

avionneurs gérent des filières spécialisées dans la revente des avions

d'occasion qu'ils reprennent souvent à leurs clients lorsqu'ils leurs vendent

des appareils neufs.

"C'est là, sur le marché de l'occasion, que se situe le véritable enjeu

économique de la décision européenne", estime la même source.

Le sous-secrétaire américain au Commerce David Aaron a chiffré mercredi à

plus d'un milliard de dollars le préjudice potentiel pour les compagnies et

les industriels américains, et il a menacé les Européens de mesures de

rétorsion.

lma/jlc/leb