Bonjour Madame ou Monsieur Binder
En lisant jusquĠau bout votre courrier, dont jĠai pu ( sans jeu de mots) admirer les envoles patriotiques et lyriques, je me suis dis quĠun Charlier allait pouvoir reprendre du service et quĠaprs Buck Danny et Tanguy, nous allions avoir droit aux merveilleuses aventures ariennes du nouveau chevalier du ciel, le grad Binder.
Votre discours est dsarmant par son ct simpliste et manichen.
Il y a les bons, ceux qui portent un uniforme et qui reprsentent la France, et les mauvais, les cons qui osent remettre en cause la prtendue lgitimit de lĠarme, des gostes rejetant des valeurs essentielles vos yeux.
Cela ne saurait dĠailleurs tre surprenant puisque le fonctionnement de base de lĠarme repose sur le respect de la hirarchie et donc sur une obissance quasi aveugle et lĠabsence de toute rflexion ou contestation.
Mais pour rpondre aux diffrents points que vous voquez dans votre courrier, jĠaimerais commencer par vous rappeler, ou vous apprendre, que la raison principale qui a donn naissance la contestation associative que vous dcriez, ne trouve pas son origine dans lĠexistence mme de la base dĠOrange, qui a fait partie du paysage local depuis longtemps, mais dans le transfert de lĠescadron de transformation en provenance de Dijon. Dans le pays dmocratique quĠest cense tre la France, ce transfert qui a entran des nuisances sans commune mesure avec lĠexistant nĠa fait lĠobjet de la part de lĠArme, voire de lĠEtat, dĠaucune communication, dĠaucune information aux lus locaux , et encore moins la population ; il a t purement et simplement impos comme dans une dictature bananire. Ce qui peut paratre choquant et rvoltant au citoyen contribuable dont je suis. De quel ct se trouve le mpris ?
Je ne mĠtendrai pas sur votre remarque propos du 11 septembre, qui risquerait de nous entraner sur un terrain politique glissant. Je constate quĠhistoriquement certains vnements sont rapidement devenus des alibis pour justifier des positions militaires qui par la suite se sont souvent avres pour le moins contestables. Nos Ç amis È amricains ont une longue exprience en la matire.
Quant votre remarque sur le peu de poids que peuvent avoir les associations ou les minoritaires dans un environnement commercial ou financier, je vous conseillerai de lire les pages conomiques du Figaro du 8 septembre, Ç un petit actionnaire compte peser lourd dans la stratgie dĠHSBC È ou, pour revenir un sujet qui vous passionne, je me permettrai simplement de vous demander pourquoi le 3me aroport parisien nĠa pas vu le jour.
La contestation, dans lĠenvironnement dĠindiffrence qui caractrise souvent notre socit, nĠest pas une question de nombre ou de poids mais de dtermination pour une cause juste.
Plus concrtement, jĠaimerais revenir sur la question des retombes conomiques de la base, pouvantail rgulirement agit par certains.
A ce jour aucune tude dĠimpact srieuse, approfondie, nĠa t effectue.
Cette question dpasse dĠailleurs le cadre simpliste dĠavoir ou de ne pas avoir une base Orange, car il vaudrait mieux se demander : que pourrions-nous avoir la place de la base et quelles opportunits pourrions-nous saisir si la base venait partir ?
On ne rappellera jamais assez que la cration dĠemplois va de pair avec la possibilit de disposer de personnels bien forms..
Or dans le domaine de la formation, universitaire notamment, il faut bien souligner que le Vaucluse est plutt mal loti.
Ds lors le dpart de la base, au travers dĠun ramnagement de ses installations, pourrait servir de tremplin la ralisation dĠun ple de formation, de multiples niveaux, orient autour des trois principaux axes conomiques du dpartement, lĠagro-alimentaire, le tourisme et le btiment.
Et les vastes rserves foncires rendues libres pourraient constituer un centre dĠaccueil pour des entreprises de ces secteurs qui pourraient disposer de salaris forms ou librer des terrains btir qui font galement cruellement dfaut, ce qui entretient une spculation foncire insoutenable, notamment pour les primo-accdants.
Car la fermeture dĠune base nĠest pas une fatalit !
Des municipalits comme Belfort et Chambry lĠont clairement dmontr, puisquĠelles ont su transformer ÔĠune catastrophe conomique et socialeĠĠ en une possibilit de dveloppement conomique et de crations dĠemplois, profitant du dlai important ncessaire lĠarrt dĠune base et grce une mise en commun des forces politiques et conomiques locales , au-del de toutes les dissensions et positions partisanes.
Mais nos lus locaux et rgionaux, le maire dĠOrange en premier chef, seraient-ils capables dĠune telle union sacre?
Mais compte tenu de la leon de patriotisme et de civisme que vous voulez nous donner, je voudrais vous faire part de quelques remarques et vous demander galement de vous poser quelques questions .
Dirigeant dĠentreprises, jĠai la responsabilit de 500 personnes en France rpartie sur plusieurs sites, dont lĠun Orange. Je travaille en moyenne 70 heures par semaine et suis en dplacement 80% de mon temps.
Nos entreprises ne fabriquent pas des produits hautement technologiques ou militaires, ceux pour lesquels nos hommes dĠEtat se transforment en reprsentants de commerce lĠchelle plantaire, mais des produits basiques que lĠon sacrifierait volontiers sur lĠautel de la mondialisation ou quand il faut faire plaisir la Chine.
Je me bats et prends des risques tous les jours pour continuer faire produire en France ou en Europe, permettre de nombreux salaris de continuer vivre au travers des emplois quĠils occupent, pour crer une richesse conomique qui permet entre autres de financer lĠappareil dĠEtat qui vous paye et lĠarme de consommer des richesses cres par dĠautres.
Et je pense donc avoir le droit, quand lĠEtat vit au-dessus de ses moyens, de me demander si lĠutilisation des fonds publics pour les crdits militaires, surtout dans lĠenvironnement gopolitique actuel, est pleinement justifie et si la solidarit nationale ne serait pas mieux servie au travers dĠune rpartition diffrente des ressources.
Car vous ne lĠignorez pas, un mirage cote environ 25 millions dĠeuros, soit le prix de 1 lyce quip dernier cri, et un rafale, avec son armement et ses pices de rechange, cote 3 fois plus, environ 70 millions dĠeuros ! De quoi largement raliser le contournement routier dĠOrange dans sa forme la plus acheve, dĠentreprendre les amnagements permettant de mettre dfinitivement Orange, Piolenc et Bollne lĠabri du risque dĠinondations, ou dĠacheter quelques canadairs pour ne prendre que quelques ÔpetitsĠ problmes locaux dfaut de grandes causes nationales!!!
Si lĠEtat tait une entreprise, il aurait t mis en faillite depuis longtemps ou aurait t somm par ses cranciers de sĠattaquer ses problmes.
Alors, dsol, mais il mĠarrive parfois de penser quĠun certain nombres dĠentre vous, militaires, est inutile, et que dans le cadre dĠconomies dĠchelle la petite base dĠOrange pourrait tout fait disparatre ! Et je ne peux que me fliciter du dbat qui sĠouvre sur le nombre de fonctionnaires ou sur leur utilisation plus efficace.
Ce nĠest pas du tout du mpris, cĠest une ncessit conomique et sociale absolue dans un pays qui nĠa pas encore perdu lĠhabitude de laisser, lchement, la rsolution de ses problmes aux gnrations venir. Et, ne vous dplaise, le besoin de remise en question, de Ç rupture È au niveau de lĠEtat, est galement une forme de patriotisme.
Et pour terminer, Madame ou Monsieur Binder, si votre passion de lĠaviation est tellement forte, pourquoi diable tes vous devenu apprenti tueur quand tant dĠautres possibilits dĠassouvir cette passion existent ?
Dsol de vous poser une question mtaphysique que vous nĠavez peut-tre pas aborde.
Pierre Simler
Dirigeant dĠentreprises
Prsident de la Fdration Franaise de la Brosserie