L'uranium appauvri également utilisé dans l'aviation civile

vendredi 09 février 2001

PARIS - L'uranium appauvri, mis en cause après le décès par leucémie de plusieurs anciens soldats de l'OTAN dans les Balkans, est utilisé dans la fabrication des armes mais aussi dans l'aviation civile, selon des enquêtes publiées par les magazines français Sciences et Vie et Sciences et Avenir dans leur édition de février.

L'uranium appauvri est un métal très dense, et cette qualité lui vaut depuis le début des années 60 d'être utilisé comme contrepoids dans les parties mobiles de la queue et des ailes des avions.

Le constructeur américain Boeing l'a longtemps utilisé pour ses 747, avant de préférer à partir des années 80 le tungstène, devenu très compétitif du fait de l'arrivée massive sur le marché mondial de tungstène chinois et russe.

Selon la Nuclear Regulatory Commission, la commission américaine de réglementation nucléaire, 168 McDonnell-Douglas DC-10, 60 Lockheed L-1011 et 202 Boeing 747 comportent des contrepoids en uranimum appauvri.

Combien restent en circulation? C'est difficile à dire, relève Science et Vie. Le magazine estime toutefois qu'"au bas mot, 380 tonnes d'uranium appauvri volent au dessus de nos têtes, soit plus que les 320 tonnes disséminées sur les champs de bataille du Golfe persique en 1991".

Ces quantités ne présentent pas de risque lorsque les avions volent: l'uranium appauvri est nocif pour sa toxicité chimique, plus que pour sa radioactivité. Le problème se pose lors de l'accident d'avion suivi d'un incendie: l'uranium appauvri commence à partir en fumée en combustion lente à partir de 500^o. L'inhalation de ces poussières peut les déposer durablement dans les poumons. Une partie seulement de cet aérosol d'uranium appauvri est soluble et est pratiquement éliminée du sang en trois jours via l'urine, tandis que l'uranium appauvri non soluble est susceptible de se disséminer sous forme d'oxydes et se fixe principalement dans les os. Les particules en circulation s'attaquent surtout aux reins.

Après l'accident d'un Boeing 747 d'El Al à Amsterdam en 1992, plusieurs milliers de personnes ont souffert de maladies chroniques (nausées, maux de tête, troubles du sommeil, maladies neurologiques diverses). Le rapport officiel publié en 1999 reconnaît un lien direct entre les problèmes de santé des victimes et l'accident.

Les faits sont connus: présence d'uranium appauvri dans de nombreux appareils encore en circulation, y compris chez Air France, risque avéré en cas d'explosion. Pourtant, souligne Sciences et Vie, les brigades antifeu et les secouristes ne sont pas préparés et ne portent généralement pas les tenues adaptées (masques ventilés, tenues étanches).

Et Concorde? Sciences et Avenir souligne que l'appareil qui s'est écrasé au sol près de Paris l'été dernier ne comportait pas d'uranimum appauvri: la forme en delta des ailes de l'appareil lui permet de s'affranchir des fameux contrepoids.